La République démocratique du Congo tente de redonner vie à son fleuron aérien, plongé dans une crise profonde.

Le président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, a donné des instructions fermes lors de la 83e réunion du Conseil des ministres : un plan stratégique crédible et structuré doit être élaboré d’urgence pour sauver Congo Airways, la compagnie aérienne nationale en grande difficulté.
Une compagnie à bout de souffle
Congo Airways, propriété de l’État congolais, traverse une crise multidimensionnelle qui menace son existence même. Difficultés financières chroniques, conflits liés à la maintenance, suspensions répétées de vols : la compagnie accumule les turbulences depuis plusieurs années.
Le coup de grâce est venu avec la mise au sol de l’ensemble de sa flotte pour des raisons de sécurité. Contrainte de recourir à la location d’appareils — solution coûteuse et non pérenne — la compagnie s’est retrouvée dans un engrenage financier difficile à briser. Sur ses quatre appareils, deux Airbus A320 ont été immobilisés dès le début de l’année 2024, victimes de la fin de vie d’un moteur et d’un coût de réparation estimé à plus de 28 millions de dollars américains. Les opérations ont été interrompues à deux reprises, en septembre 2023 puis en juillet 2024, plongeant la compagnie dans une dépendance aux locations à court terme.
Une mobilisation au plus haut niveau
Face à l’urgence, le chef de l’État a mobilisé plusieurs membres clés du gouvernement. Selon le rapport diffusé à la télévision nationale, le président Tshisekedi a chargé le Vice-Premier ministre, le ministre des Transports et des Communications, le ministre des Finances et le ministre des Entreprises publiques — sous la supervision du Premier ministre — de concevoir conjointement ce plan de redressement.
Le document attendu devra aller bien au-delà d’un simple plan financier. Il devra intégrer des mécanismes clairs de contrôle interne, le respect rigoureux de la réglementation, des audits approfondis, une gestion saine des ressources humaines, ainsi que des rapports institutionnels réguliers à destination du gouvernement et de l’actionnaire.
Le président a également insisté sur la nécessité de corriger en profondeur la gouvernance de l’entreprise, afin de rétablir discipline et responsabilité au sein de sa direction.
Un plan de restructuration déjà sur la table
Un premier plan de restructuration avait été présenté fin janvier 2025. Il prévoyait l’acquisition — par location ou achat — de trois Airbus sur une période de cinq ans, accompagnée d’une réorganisation de la gouvernance. Ce plan reposait sur un soutien financier public, notamment de la part du gouvernement congolais. Une nouvelle équipe de direction avait également été nommée à la même période.
Pourtant, le processus est resté bloqué. C’est ce blocage persistant qui a conduit le président Tshisekedi à hausser le ton et à exiger un nouveau plan, plus solide et plus crédible.
Un enjeu stratégique pour le pays
Au-delà des chiffres, c’est l’image et la souveraineté de la RDC qui sont en jeu. Pour un pays grand comme l’Europe occidentale, disposer d’une compagnie aérienne nationale fiable n’est pas un luxe : c’est une nécessité stratégique, économique et symbolique. Congo Airways représente le lien aérien entre des provinces parfois enclavées, et un vecteur de rayonnement du pays sur la scène continentale et internationale.
La balle est désormais dans le camp du gouvernement. La communauté des voyageurs, des opérateurs économiques et des partenaires attend un plan d’action concret — et surtout, cette fois, sa mise en œuvre effective.

