
Le président ghanéen John Dramani Mahama a tiré la sonnette d’alarme mardi à New York, dénonçant ce qu’il considère comme une tentative systématique d’effacer la mémoire noire, en particulier aux États-Unis.
Intervenant lors d’une conférence sur les réparations liées à la traite négrière, organisée en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, Mahama a visé directement les politiques de l’administration Trump, qu’il accuse de « normaliser » la suppression de l’histoire africaine-américaine.
Trump dans le viseur
Depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump a engagé une offensive contre ce qu’il qualifie d’« idéologie anti-américaine ». Résultat : des monuments commémorant la traite des esclaves ont été démantelés, des statues de partisans de l’esclavage réinstallées, et des programmes scolaires expurgés de tout enseignement sur la ségrégation et le racisme. Des ouvrages traitant de ces sujets ont également été interdits dans certains établissements.
« Ces politiques deviennent des modèles pour des gouvernements et des institutions privées », a averti Mahama. « Au minimum, elles banalisent progressivement l’effacement de l’histoire. »
Une mise en garde qui dépasse les frontières américaines : selon lui, ce qui se passe aux États-Unis pourrait inspirer d’autres gouvernements à travers le monde.
Une résolution historique à l’ONU
Mahama s’est rendu à New York pour soumettre à l’Assemblée générale une résolution ambitieuse, visant à faire reconnaître la traite transatlantique des esclaves comme « le crime le plus grave de l’histoire de l’humanité ». Le texte appelle également à l’ouverture de négociations sur les réparations, les excuses officielles, le retour des biens culturels spoliés, des compensations financières et des garanties de non-répétition.
Le Ghana se positionne ainsi en chef de file d’un mouvement qui gagne du terrain sur le continent africain et dans les Caraïbes. L’Union Africaine, l’Organisation des États des Caraïbes ainsi que le Brésil ont apporté leur soutien au texte.
Un front occidental fermé
Du côté occidental, la réception est froide. Le ministre ghanéen des Affaires étrangères, Samuel Ablakwa, a confirmé que l’Union européenne et les États-Unis ont d’ores et déjà signalé leur opposition à la résolution. Certains dirigeants occidentaux estiment qu’il n’est pas juste de tenir les États actuels responsables des crimes commis par leurs prédécesseurs.
La Maison-Blanche, l’Union européenne et les États-Unis à l’ONU n’ont pas répondu aux demandes de commentaire au moment de la publication.
Un combat personnel
Ce n’est pas la première fois que Mahama se dresse face à Washington. Il avait déjà critiqué Trump après ses déclarations sur un prétendu « génocide des Blancs » en Afrique du Sud, qualifiant ces propos d’« outrage envers tous les Africains ». L’année dernière, il avait également salué un accord permettant à des descendants d’Africains déportés vers les Amériques de s’installer au Ghana.

