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Drones iraniens : comment l’Ukraine est devenue la clé de survie de l’Occident

Par la rédaction de RayNews | Monde & Géopolitique

Il y a quelque chose d’historiquement ironique dans ce retournement de situation. Le pays que Donald Trump traite de « dictateur » et d' »incompétent », le pays auquel Washington répète qu’il n’a « aucune carte en main », ce pays s’appelle l’Ukraine. Et depuis le 28 février 2026, les États-Unis, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, la France et dix autres nations font la queue devant sa porte pour lui demander de l’aide. Le téléphone de Kyiv n’arrête pas de sonner.


La mort d’un soldat français révèle une faille béante

Tout commence dans la nuit du 12 mars, à Mala Qara, dans la région d’Erbil au Kurdistan irakien. Un drone Shahed iranien s’écrase sur une base militaire où stationnent des soldats français déployés pour former les forces kurdes irakiennes. L’adjudant-chef Arnaud Frion, du 7e bataillon de chasseurs alpins de Varces, est tué. Six de ses camarades sont blessés.

Sa mort, tragique en elle-même, révèle quelque chose de plus profond que le deuil d’un homme. Elle expose au grand jour la vulnérabilité criante des armées occidentales face à une arme que tout le monde connaissait, mais que personne n’avait vraiment pris au sérieux : le drone kamikaze de fabrication iranienne.

La France n’est pas seule dans cette situation. Avant elle, un drone Shahed avait frappé le 2 mars une base militaire britannique à Chypre. Le 1er mars, six militaires américains avaient été tués près du port de Shuaiba, au Koweït. Le groupe armé pro-iranien Ashab al-Kahf a depuis annoncé que tous les intérêts français en Irak et dans la région étaient désormais dans son collimateur.


Le Shahed : une arme simple, bon marché et dévastatrice

Pour comprendre pourquoi ce drone représente un défi stratégique majeur, il faut comprendre ce qu’il est. Le Shahed 136 mesure un peu plus de trois mètres, transporte plusieurs dizaines de kilos d’explosif et vole à 180 km/h. Il n’a rien d’extraordinaire techniquement. Mais c’est précisément là que réside sa force.

Peu coûteux à produire, il est fabriqué en masse et lancé en essaims. Et même lorsqu’il est intercepté, il coûte cher à l’adversaire : les missiles utilisés pour le détruire valent entre 400 000 et 3,4 millions d’euros l’unité. Les stocks sont limités. La logique est implacable — inonder le ciel de drones bon marché pour épuiser les défenses adverses hors de prix.

Depuis le 28 février, ces engins ont visé des appartements, des aéroports, des infrastructures énergétiques et des bases militaires dans toute la région. La question n’est plus de savoir s’ils peuvent tuer. La question est de savoir comment s’en défendre.


L’Ukraine : trois ans d’école de la guerre des drones

Il existe un pays qui a la réponse. Un pays qui, depuis 2023, fait face quotidiennement à des centaines de drones Shahed et à leur copie russe, les Geran. Un pays qui parvient à en intercepter plus de 80% sans même recourir aux coûteux missiles Patriot.

Ce pays, c’est l’Ukraine.

Le colonel et analyste militaire ukrainien Serhiy Hrabskyi met les chiffres en perspective de façon saisissante : lors d’une même nuit, l’Iran a lancé 25 à 30 drones Shahed vers ses cibles régionales. La Russie, elle, en envoyait plus d’une centaine vers l’Ukraine. Et cent drones en une nuit, précise-t-il, « ne fait même plus les titres de presse » à Kyiv. La Russie est allée jusqu’à en lancer plus de 800 en une seule nuit.

Trois ans de cette guerre de l’ombre ont forgé une expertise unique au monde. L’armée ukrainienne a développé un système de défense antidrones en plusieurs couches, fonctionnant « comme un écosystème » : réseaux de radars et capteurs, unités mobiles armées de mitrailleuses, outils de brouillage électronique, et surtout la dernière innovation ukrainienne — les drones intercepteurs.

Ces petits appareils, chargés de 500 grammes d’explosif et coûtant entre 1 000 et 2 000 euros l’unité, sont lancés à la poursuite des Shahed pour les détruire en vol. En février dernier, 70% des interceptions de drones dans la région de Kyiv ont été réalisées grâce à ces seuls intercepteurs, selon le commandant en chef des forces armées ukrainiennes

Oleksandr Syrsky.


Le grand retournement : Trump méprise Zelensky, mais lui demande de l’aide

Le paradoxe est savoureux, et il n’échappe à personne. Donald Trump, qui n’a cessé d’humilier Volodymyr Zelensky, de le traiter de « dictateur » et d' »incompétent », et de minimiser le rôle de l’Ukraine dans la sécurité mondiale, s’est retrouvé à tendre la main à Kyiv.

Zelensky a répondu en moins de 24 heures.

Sans rancune affichée, les responsables ukrainiens ont accepté de dépêcher des experts au Qatar, aux Émirats arabes unis et en Arabie saoudite pour former leurs armées à la lutte antidrones. Une équipe de spécialistes et du matériel ont également été envoyés pour aider à protéger les bases militaires américaines en Jordanie. Selon Zelensky, ce sont désormais onze pays qui ont sollicité Kyiv pour les aider dans leur défense antidrones.

Le directeur général de Uforce, conglomérat de start-up ukrainiennes spécialisées dans les technologies de défense, résume la situation avec une formule qui dit tout : « Le téléphone n’arrête pas de sonner. »

Même le secteur privé s’y met. Le géant pétrolier saoudien Aramco serait en discussions avancées avec deux entreprises ukrainiennes pour acquérir des drones intercepteurs afin de protéger ses champs de pétrole — cherchant à les obtenir « avant son propre gouvernement et ses concurrents régionaux », selon le Wall Street Journal.


« Charger des tanks avec des chevaux »

Mais les experts ukrainiens tempèrent l’enthousiasme de leurs nouveaux « clients ». Se défendre contre les drones Shahed n’est pas une question d’équipement que l’on achète et déploie en quelques jours.

« Il est trop tard pour venir supplier l’Ukraine », lâche, amer, le colonel Hrabskyi. Son explication est brutale de clarté : « Se défendre contre ces drones n’est pas tant une question d’équipement qu’une question de personnel. L’Ukraine peut déployer plein d’équipement et de munitions, mais qui va les utiliser ? »

Le droniste Dimko Zhluktenko, auteur d’un livre sur son expérience de soldat ukrainien, enfonce le clou : le système de défense ukrainien est le fruit de trois ans d’adaptation constante, face à une Russie qui perfectionne son arsenal de semaine en semaine — drones peints en noir pour être moins visibles la nuit, allégés, dotés de moteurs plus rapides, d’explosifs plus puissants, de dispositifs infrarouges pour aveugler les systèmes de vision nocturne.

Son avertissement aux pays qui découvrent aujourd’hui la menace des drones est cinglant : « Si vous ne vous formez pas à cette guerre des drones maintenant, vous vous retrouverez bientôt comme une armée qui tente de charger des tanks avec des chevaux. »


L’Ukraine, de « consommatrice » à « productrice » de sécurité

Ce retournement géopolitique est en train de transformer la position de l’Ukraine sur l’échiquier mondial. Comme le formule Dimko Zhluktenko : « Nous sommes en train de passer de ‘consommateurs de sécurité’ à ‘producteurs de sécurité’. »

Zelensky a bien compris l’opportunité stratégique. L’Ukraine est prête à aider — mais pas gratuitement ni aveuglément. Pour les pays qui soutiennent Kyiv dans sa guerre contre la Russie, la réponse est positive. Pour les autres, le président ukrainien examine au cas par cas ceux à qui il est possible de répondre favorablement « sans réduire les capacités de défense » ukrainiennes.

C’est un nouveau levier diplomatique d’une puissance inédite. Et une ironie de l’histoire que même les scénaristes les plus audacieux n’auraient pas osé écrire : l’Ukraine, que Trump voulait abandonner, est devenue indispensable à la survie militaire de l’Occident.


La Russie, grande gagnante silencieuse

Pendant que tout le monde se tourne vers Kyiv, une puissance observe la situation avec satisfaction : Moscou. La guerre israélo-américaine contre l’Iran a eu un effet collatéral majeur pour la Russie : la flambée des prix du pétrole lui assure d’importants revenus supplémentaires. Et pendant que les États-Unis consomment leurs stocks de missiles au Moyen-Orient, la pression sur le front ukrainien ne faiblit pas.

Le monde découvre, dans la douleur, une réalité que l’Ukraine connaît depuis trois ans : la guerre des drones n’est pas l’avenir. C’est le présent.


RayNews — L’Afrique et le monde, sans détour.

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