Par la rédaction RAYNEWS | Sport & MMA

Il devait être le symbole d’une révolution. L’homme qui allait prouver que le MMA africain pouvait exister en dehors de l’ombre de l’UFC, que des combattants du continent pouvaient briller sur la scène mondiale dans leur propre ligue. Moins de trois ans après une arrivée en fanfare au sein du PFL, Francis Ngannou est parti. Et avec lui, peut-être, les ambitions les plus optimistes du PFL Afrique.
Un mariage de raison qui n’a jamais vraiment pris
Mai 2023. Le monde du MMA retient son souffle quand Francis Ngannou, l’un des combattants les plus redoutés de la planète, annonce qu’il signe avec la Professional Fighters League après avoir claqué la porte de l’UFC. Le message est fort, presque révolutionnaire : un champion au sommet de sa carrière choisit de vendre ses services ailleurs que chez le leader incontesté du marché.
Pour le PFL, c’est un coup de maître sur le papier. La ligue américaine, qui ambitionne de concurrencer l’UFC, s’offre non seulement une star planétaire, mais aussi un symbole. Ngannou, natif de Batié au Cameroun, fils de l’Afrique parti de rien pour devenir champion du monde, est l’incarnation parfaite du projet que le PFL veut porter : développer le MMA sur le continent africain et faire émerger une nouvelle génération de combattants.
Le PFL Afrique naît dans la foulée. Les annonces s’enchaînent. Les promesses aussi. Mais entre les promesses et la réalité, il y a souvent un gouffre.
Un bilan sportif décevant
Les chiffres racontent une histoire que les communiqués de presse préfèrent taire. Le seul combat que Francis Ngannou a disputé sous les couleurs du PFL en MMA, c’était en octobre 2024 contre le Brésilien Renan Ferreira. Une soirée catastrophique sur le plan financier pour l’organisation : la bourse du Camerounais s’élevait à près de 7 millions d’euros, celle de son adversaire à 2 millions d’euros. Résultat des ventes en pay-per-view aux États-Unis ? À peine 10 000 achats, soit environ 500 000 euros de revenus. Le calcul est brutal.
Paradoxalement, les moments les plus marquants de l’ère Ngannou au PFL n’ont pas eu lieu en MMA, mais sur un ring de boxe anglaise. Ses affrontements contre Tyson Fury puis Anthony Joshua ont généré infiniment plus d’argent, de bruit médiatique et d’émotions que tout ce qu’il a accompli dans la cage de la ligue. Ce n’était pas tout à fait le plan prévu.
Le PFL Afrique : une vitrine sans star
Le projet phare de ce partenariat était censé être le PFL Afrique, cette branche continentale destinée à révéler les talents du continent et à populariser les arts martiaux mixtes auprès d’un public de plusieurs centaines de millions de personnes. Ngannou devait en être le parrain, le visage, l’âme.
La réalité a été tout autre. Lors du premier événement historique au Cap, en Afrique du Sud, en juillet 2025, le Predator était absent. Et pour cause : les combattants africains avaient été relégués aux combats préliminaires, tandis que les combats principaux de la soirée se déroulaient sans aucun Africain sur le ring. Une incongruité pour un événement censé célébrer le MMA africain.
Ngannou lui-même n’avait pas mâché ses mots : « Je n’étais pas là, je n’étais pas très d’accord avec le fait que le premier événement du PFL Afrique ait été une sous-carte. Ce n’était pas ma décision, et je n’y étais pas favorable. » Une déclaration qui posait une question fondamentale : le champion camerounais avait-il réellement un pouvoir décisionnel au sein de l’organisation, ou n’était-il qu’une caution symbolique ?
Une rupture inévitable
Les dernières semaines avant la séparation officielle ont mis en lumière un dysfonctionnement de communication évident entre les deux parties. Quelques heures seulement avant l’annonce du divorce, John Martin, l’un des dirigeants du PFL, assurait encore à des médias américains qu’il travaillait sur un nouveau projet avec Ngannou. Finalement, malgré trois mois de contrat encore en cours et un combat à disputer selon le journaliste spécialiste du MMA Ariel Helwani, les deux parties ont convenu de mettre fin à leur collaboration. La situation était dans l’impasse, et personne ne voyait d’issue.
La rupture est consommée. Et elle laisse le PFL Afrique dans une position délicate.
Un projet qui cherche encore sa légitimité
Sans Ngannou, le PFL Afrique perd bien plus qu’un combattant. Il perd son argument marketing principal, son lien émotionnel avec le public africain, et surtout sa crédibilité internationale. Sur le plan purement sportif, les lacunes sont visibles. L’hétérogénéité du niveau des combattants est flagrante : lors du dernier événement organisé à Cotonou, au Bénin, le combat principal a opposé le 115e mondial des poids coq au 1134e. Un écart de niveau qui ne permet pas de faire monter une organisation en puissance ni de produire des combats mémorables.
Faire émerger de vrais talents africains compétitifs à l’échelle mondiale prend du temps, des ressources et une structure solide. Le PFL Afrique a les ambitions, mais pas encore les fondations.
Et maintenant ?
L’histoire de Francis Ngannou au PFL ressemble moins à un échec personnel qu’à un projet mal conçu dès le départ. L’idée de développer le MMA africain est noble, nécessaire même, tant le continent regorge d’athlètes au potentiel immense. Mais coller le visage d’une star sur une organisation sans lui donner les moyens de ses ambitions ni un vrai rôle décisionnel, c’est construire sur du sable.
Ngannou, lui, continue sa route. À 38 ans, sa carrière reste ouverte, ses options nombreuses. Un retour à l’UFC n’est pas à exclure. Ce qui est certain, c’est que le chapitre PFL se referme sans avoir produit ce que beaucoup espéraient.
RAYNEWS — Voir loin, comprendre juste.

